Homélie de la journée mondiale des Pauvres

 

Homélie du Père François Renaud

La Journée mondiale des Pauvres 

le 19 novembre 2017 à la cathédrale de Nantes

En lisant ce texte d’évangile avec quelques-uns parmi vous en début de semaine, Fred a dit : « c’est toujours pareil dans l’échelle sociale. Quand t’es en bas, t’y restes ». Et c’est vrai que ce texte nous gêne un peu. Il y a ceux qui ont beaucoup reçu, et qui recevront encore plus, et ceux qui ont reçu presque rien, et à qui on enlèvera même le peu qu’ils ont. Personnellement, ce qui me gêne le plus dans ce texte d’Évangile, c’est que j’ai du mal à y reconnaître Jésus. Où le voit-on mépriser les pauvres ? Est-ce qu’au contraire il ne leur donne pas la préférence ? Alors il faut que nous lisions cette parabole autrement.

Le maître (on peut dire que c’est Dieu) appelle ses serviteurs. Qui sont ses serviteurs ? C’est nous, nous tous. Aux yeux de Dieu, il n’y a pas d’un côté ceux qui servent, et de l’autre ceux qui sont servis – ou pour le dire avec des mots qu’on entend parfois, il n’y a pas d’un côté les assistés et de l’autre les assistants. Tous nous sommes appelés à servir, tous nous pouvons servir, servir à quelque chose, servir quelqu’un. Rien que donner un sourire ou dire une parole gentille, ça peut servir. C’est notre dignité à tous devant Dieu : il a besoin de chacun de nous, il sait que tous nous pouvons servir. Servir la paix, servir l’amitié, servir les autres, et le servir lui dans la prière.

Donc les serviteurs, c’est nous tous, à qui le maître confie ses biens. Mais quels sont les biens de ce maître, représentés comme des pièces de monnaie ? Quels sont les biens de Dieu ? C’est encore nous : il nous aime, il nous a donné la vie, en Jésus il a donné sa vie pour nous ; nous avons du prix à ses yeux, tous les uns autant que les autres. Sa fortune, c’est nous.

Alors quand le maître confie ses biens (c’est-à-dire nous) à ses serviteurs (c’est-à-dire nous, encore une fois), cela veut dire qu’il nous confie les uns aux autres, pour que nous prenions soin les uns des autres. Aux uns il en confie beaucoup, aux autres moins, mais tous nous avons la responsabilité de quelqu’un, chacun selon nos moyens. Si Dieu nous confie les uns aux autres, c’est pour que personne ne soit seul, pour que nous vivions tous de la fraternité.

Je vous propose de prendre quelques instants de silence pour que chacun, nomme, dans le secret de son cœur, les personnes que Dieu lui confie.

La fraternité : voilà ce que Dieu attend de nous, et il nous demande de faire grandir cette fraternité : tu as reçu cinq frères à servir ? Trouves-en cinq autres, et ainsi la fraternité grandira. Tu as reçu deux frères ? Trouves-en deux autres. Tu as reçu un seul frère ? Trouves-en un autre. Que personne ne reste seul. La fraternité, c’est la vraie richesse, aux yeux d’un Dieu qui se présente comme Père de tous.

Pourtant, dans cet évangile, celui qui a reçu un seul talent l’enfouit dans la terre, il le laisse seul, il ne le garde même pas avec lui ; il le cache. Il le tient à distance de la fraternité. Et voilà comment on fabrique des pauvres : en les isolant, en les privant de fraternité. « Serviteur mauvais et paresseux », dit le maître. Tu aurais dû conduire ton frère à la banque de la fraternité, et je l’aurais retrouvé avec des intérêts, la fraternité aurait augmenté. Toi qui n’as pas reconnu l’autre comme un frère, comment pourrais-je te reconnaître comme mon enfant ?

On peut trouver l’attitude de ce maître un peu dure. Mais cette dureté correspond à l’image que s’en fait celui a caché son talent : « je savais que tu es un homme dur », dit-il. En fait, la dureté, elle est dans sa tête, et dans son cœur. Le maître paraît dur pour celui a le cœur dur.

Au contraire, celui qui a travaillé à la fraternité sera dans l’abondance de fraternité. Plus tu te comportes comme un frère, plus tu auras de frères. Voilà ce que nous dit cet évangile. Et voilà l’expérience que nous faisons tous, quand nous nous mettons au service les uns des autres.

Je crois bien que l’échelle sociale s’est inversée, cher Fred. Quand nous parlions de l’importance à vos yeux de cette journée mondiale des pauvres, Freddy disait : « il faut que ça ouvre le cœur des gens, c’est possible. Il ne faut pas que la fraternité ne soit que dans le groupe des miséreux. » Et vous avez ajouté, Fred : « plus vous êtes bas dans la société, plus vous êtes soudés ». Alors je crois bien que c’est vous qui êtes en haut de l’échelle de cet évangile, c’est vous qui avez reçu le plus de talents de fraternité. Cela veut dire que votre responsabilité est grande : c’est vous qui êtes des maîtres en fraternité, c’est par vous que notre société peut devenir moins indifférente, plus fraternelle. Et quand le pape donne pour thème à cette première journée mondiale des pauvres « N’aimons pas en parole, mais en acte », il demande que cette fraternité soit concrète, qu’elle passe par des gestes, par des paroles, par une relation. C’est comme cela que le Christ a fait, c’est comme cela qu’il nous invite à faire. Et c’est pour cela qu’il nous invite à accueillir dans nos cœurs son Esprit de fraternité.

Les pauvres, dit le pape François dans sa lettre pour cette journée, « pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente ». Et il termine sa lettre en disant : « Les pauvres ne sont pas un problème, ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile ».

Merci, Seigneur, pour l’Esprit de fraternité.

Et merci, vous les pauvres, pour votre fraternité.

François RENAUD

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